Dans quel monde voulons-nous vivre ?
Dans quel monde voulons-nous vivre ?
À Cachan, deux visages de la France
Par Laurence Cohen, secrétaire départementale du PCF du Val-de-Marne
Même si le mot « rafle » est lourd de sens, comment appeler autrement cette expulsion minutieuse, les arrestations des sans-papiers vers des centres de rétention, ce bouclage du quartier, la confiscation des maigres bagages de tous ces gens terrorisés ?
Horreur supplémentaire quand, le lendemain, les policiers ont chargé les femmes, les enfants, les hommes qui refusaient de plier aux injonctions préfectorales.
L’hébergement transitoire dans un gymnase de Cachan a fait reculer la violence et a redonné espoir d’une issue possible. Quelle émotion quand chacun et chacune est passé entre une haie de manifestants scandant leur solidarité !
On a vu là deux visages de la France, celui de la xénophobie, du racisme, du tout-sécuritaire, et celui de la générosité, du partage, de la fraternité.
Cette expulsion gigantesque n’est pas un signe de force mais plutôt le constat d’échec d’une politique de ségrégation, du tout-sécuritaire. Elle a entraîné des traumatismes graves. Elle ne fait qu’aggraver les problèmes posés tant en matière de logement que d’immigration.
Nicolas Sarkozy, en campagne électorale, peaufine son rôle de présidentiable. Tout d’abord, un discours bien rodé sur l’immigration choisie devant des milliers de téléspectateurs, et quelques jours plus tard le passage à l’acte avec l’évacuation du plus grand squat de France. Sous la pression de l’opinion publique, et notamment du monde scolaire, il avait été contraint d’accorder 6 000 régularisations ! Il fallait donc qu’il donne des gages à droite.
Les communistes et leurs élus refusent de laisser faire Nicolas Sarkozy, qui, en prônant une immigration choisie, sait qu’il pourra compter sur une immigration clandestine constituant, pour le patronat, une main-d’oeuvre corvéable à merci !
Face à ces pratiques indignes du XXIe siècle, nous avons joué un rôle incontournable pour participer à la résistance et à la riposte.
Les moments passés à Cachan hier et aujourd’hui avec les résidents, les associations, les organisations syndicales, la gauche antilibérale pour contrer ce gouvernement sont très intenses et lèvent des défiances qui pouvaient encore exister entre nous.
La force de ce qui s’est passé réside véritablement dans le « tous ensemble », même si la lutte est loin d’être terminée.
Le gouvernement encourage une sorte de guerre des pauvres en opposant les misères.
Aujourd’hui, alors qu’on assiste à la libre circulation des capitaux, des êtres humains sont jetés dans des charters pour être refoulés dans leurs pays d’origine. On veut ériger des murs autour d’une Europe forteresse, alors que les pays du Sud sont pillés par les pays du Nord.
Ces choix dictés par le capitalisme n’ont rien de fatal, « à chacun selon ses besoins » n’est pas un rêve, comme le souligne Lucien Sève.
Les richesses ne manquent pas sur la planète quand l’équivalent du PIB du Royaume-Uni (2 000 milliards de dollars) a été dépensé pour la guerre en Irak par les États-Unis.
Les richesses ne manquent pas en France pour construire des logements sociaux en nombre suffisant, quand le nombre des foyers touchés par l’impôt sur les grandes fortunes a explosé du fait d’une spéculation immobilière éhontée.
Des luttes comme celle de Cachan mettent en lumière des questions fondamentales : dans quelle France, dans quel monde voulons-nous vivre, voulons-nous que vivent nos enfants ? Autour de quelles valeurs, de quel projet la gauche peut-elle se rassembler pour transformer la société ?
Il y a urgence à mettre en débat à gauche les propositions alternatives pour les confronter.
Face au projet dévastateur de la droite, tout appelle à un véritable changement, dont les communistes sont des acteurs incontournables.