Lopposition veut un débat sur le fond
La gauche parlementaire s’appuiera sur ses amendements pour traiter toutes les facettes du dossier.
La session extraordinaire de l’Assemblée nationale consacrée au projet de loi de privatisation GDF-Suez débute aujourd’hui. L’opposition, Parti socialiste et Parti communiste confondus, a déposé 137 327 amendements contre ce projet. Le ministre de - l’Économie et des Finances, Thierry Breton, y voit une « obstruction inadmissible ». La semaine dernière Jean-Louis Debré, le président de l’Assemblée nationale, s’est même fendu d’une lettre aux députés de gauche, les accusant de remettre en question « la démocratie parlementaire ». Réponse du président du groupe PS Jean-Marc Ayrault : « L’obstruction, c’est le coup de force que fait le gouvernement. » Pour le dénoncer, la bataille d’amendements qui s’annonce est « le seul instrument pour attirer l’attention de l’opinion publique sur quelque chose qui pourrait être irréversible », insiste François Hollande. Le Parti communiste, lui, justifie différemment sa stratégie. « Nous allons livrer une bataille de fond, sans concession », déclarait hier son président de groupe Alain Bocquet. Et d’évoquer le corps des amendements, « des propositions constructives appuyées sur l’intérêt national et européen, la préservation du service public, l’égalité des usagers, le respect du droit à l’énergie ». Les deux formations de gauche recevront le soutien de circonstance de l’UDF, qui par la voix de son président François Bayrou a annoncé mardi son intention de voter contre le texte.
La division des députés de l’UMP, à l’origine de l’ajournement du débat jusqu’à la session extraordinaire qui s’ouvre, est moins visible - aujourd’hui, même si « un noyau » évalué à 50 parlementaires UMP reste réticent à voter la fusion. Comme le député (UMP) de l’Essonne, Nicolas Dupont-Aignan, qui juge ce projet de loi « contraire à l’intérêt national ». Malgré cela, le gouvernement se dit « très confiant » d’obtenir une majorité parlementaire. Même Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre de l’Économie, qui s’est dédit de sa promesse de ne pas laisser tomber la participation de l’État dans GDF au-dessous de 70 %, sera « solidaire », confie Patrick Devedjian, l’un de ses proches. Reste à tester la capacité de résistance au débat de la majorité. Les députés socialistes espèrent « forcer la main » du gouvernement au cours de cette session et « le faire reculer », lance le député du Val-d’Oise Dominique Strauss-Kahn. Le PCF profitera du débat pour interpeller le premier ministre, demandant un débat national « pour que les Français puissent se prononcer », suivi d’un référendum sur les enjeux énergétiques.
Selon Jean-Pierre Grand, député villepiniste de l’Hérault, le gouvernement pourrait hésiter à avoir recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui permet d’adopter le texte sans vote par l’engagement de sa responsabilité. Dominique de Villepin, échaudé par son utilisation durant la crise du CPE, préférerait selon lui la suspension de débat, qui laisserait le projet de loi en suspens. Mais le premier ministre sera pressé par sa majorité. Jean-Louis Debré s’est déjà dit prêt à demander lui-même l’application du 49-3 « si jamais on persistait dans cette volonté de blocage des institutions ».
Grégory Marin