Le donnant-donnant américain

Publié le par L Humanité

Le donnant-donnant américain

 

Nicolas Sarkozy poursuit sa tournée déférente, celle qui doit lui assurer des soutiens de poids pour l’élection présidentielle. Début septembre, il a proclamé devant l’Assemblée du MEDEF qu’il roulerait pour les grands patrons auxquels il vient de donner des gages. Quitte à renier sa parole, il veut livrer au marché GDF et ses 1,7 milliards d’euros de bénéfices semestriels, sans une pensée pour les citoyens qui paieront sur leurs factures l’addition de cette privatisation. Si le ministre de l’Intérieur peut compter sur l’appui des hiérarques du MEDEF, c’est donnant-donnant. En son nom, François Fillon s’est déjà fendu de l’annonce d’une remise en question des retraites de cinq millions de fonctionnaires et d’agents des services publics. À droite, les chefs d’entreprise sont payés comptant. Le « marché » est allégrement confondu avec l’intérêt général.

À Bruxelles, le président de l’UMP a assuré aux milieux dirigeants européens qu’il travaillerait à contourner et à nier le « non » des Français à la constitution européenne. Pour déréglementer et libéraliser, Ernest-Antoine Seillière, président du patronat européen, peut compter sur lui. L’étape suivante était américaine. Celui qui prétend présider la République est allé mettre un genou en terre devant le président américain. C’est donner une idée assez précise de ce qu’il entend par la grandeur de la France.

L’élu de Neuilly et des beaux quartiers n’a pas trébuché à New York. Déjà il avait pris ses distances avec la diplomatie française, courageuse lorsqu’elle s’opposait à la guerre en Irak. De même sa sympathie affichée est allée à la ministre des Affaires étrangères israélienne et non aux populations libanaises écrasées sous les bombes. Il a redit hier à ce sujet que Tel-Aviv « avait le droit, j’allais dire le devoir, de se défendre et de défendre ses citoyens... ». Il explique par ailleurs que les États-Unis sont un modèle qui doit inspirer la France. Et quant à la crise avec l’Iran, le ministre français a affirmé qu’il fallait « laisser toutes les options ouvertes ». Même la guerre ? Même des frappes nucléaires ? S’il prêche une rupture, c’est avec une certaine idée de l’indépendance nationale. Tony Blair fait la démonstration que c’est un choix politique qui coûte cher !

Cependant, on aurait tort de croire Nicolas Sarkozy seulement soucieux d’un bon procédé à l’égard de ce président américain si extrémiste, si fanatique et si dangereux que, même dans les rangs des conservateurs et des militaires américains, il commence à inquiéter. La politique étrangère réunit les deux hommes. Leurs visions convergent, de pays occidentaux mobilisés pour une guerre des civilisations, enfermés derrière leurs frontières. L’un barre le continent américain d’un mur immense pour tenir à distance la pauvreté du Mexique. L’autre multiplie les rafles et les expulsions d’immigrés mal logés, les chasses aux enfants de sans-papiers, arrachés à leurs études et expédiés dans des pays que pour la plupart ils ne connaissent pas. Nicolas Sarkozy, avec l’appui du président de la Commission de Bruxelles, prétend imposer une politique de plus en plus policière sur l’immigration. Ils veulent empêcher les régularisations de sans-papiers que pratiquent d’autres pays européens. Ce sera au menu du prochain sommet européen, le 20 octobre à Lahti, au nord d’Helsinki. Ségolène Royal, venue se présenter à Bruxelles auprès de Manuel Barroso, a tenu sur ce sujet à peu près le même langage que le président de l’UMP. Dérive du continent...

En revanche, les voix des personnalités réunies dans l’Humanité par leur indignation devant l’inhumanité rappellent des valeurs de solidarité. De Danielle Mitterrand à Josiane Balasko en passant par Bénabar, Charles Berling, Cali, Rony Brauman, Dan Franck, Stéphane Diagana, Mathieu Kassovitz..., ils sont ces voix obstinées qui pratiquent un autre donnant-donnant, celui de la fraternité universelle.

Par Patrick Apel-Muller

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Publié dans PRESSE NATIONALE

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