Désabusée ?
La droite et l’extrême droite, de François Bayrou
à Jean-Marie Le Pen, en passant par Nicolas Sarkozy, ont monopolisé l’information radiotélévisée tout le week-end. Entretiens dans les grands journaux télévisés, retransmissions en direct de l’intégralité de leurs discours dans les médias d’information continue... Un incroyable hold-up politique des antennes durant lequel les différentes familles de la droite française ont pu déployer sans aucune contradiction leur arsenal idéologique.
La palme de cette omniprésence est sans surprise revenue à Nicolas Sarkozy, qui s’est livré, sous l’oeil expert de Johnny Hallyday, à un show médiatique millimétré. Dans ce discours empli de démagogie et censé s’adresser à la jeunesse, le patron de l’UMP avait à sa manière retenu la leçon des révoltes de banlieue et de la crise du CPE. Pas question, du coup, de resservir à l’adresse des jeunes, le discours musclé et ultralibéral prononcé quelques jours plus tôt devant un parterre
du MEDEF. Là, il s’agissait de séduire, au-delà du public des jeunes de l’UMP acquis à sa cause, une jeunesse qu’il sait hostile aux thèmes libéraux dont il fait habituellement son miel. Tout au long de son discours, le chef de l’UMP s’est employé à noyer les réalités violentes de son projet libéral sous un flot de bonnes intentions, vantant la culture, l’humanisme, l’engagement civique et solidaire, la défense de l’environnement, thèmes chers au public visé, faisant mine de prendre sans cesse le parti des jeunes prétendument mal aimés par le reste de la société. Dans l’exercice, Nicolas Sarkozy ne reculait devant rien, allant même jusqu’à introduire son discours en citant Guy Môquet, un hommage plus que déplacé à la veille d’une rentrée scolaire où ses services sont invités à pratiquer dans les écoles la chasse aux enfants immigrés.
Mais, même flanqué d’un Doc Gynéco dont les leçons de morale à l’égard des jeunes de banlieue faisaient un peu pitié, les envolées présidentielles sonnaient vite faux pour qui connaît la réalité du projet UMP et savait la discerner à travers les lignes d’un discours abondamment enrobé.
Une chose est de vanter le meilleur de la culture, de s’inquiéter que le plus grand nombre n’y est plus accès, mais qui pilote la standardisation culturelle, impose la Star Ac comme la norme, sinon les géants des industries multimédia, qui font manifestement du candidat Sarkozy leur héraut.. Une chose est de parler formation, réussite, deuxième chance, société de connaissance, travail... mais quelles mesures concrètes le patron UMP a-t-il avancées en la matière, sinon la baisse des charges et le « travailler plus pour gagner plus », thèmes de prédilection du MEDEF. Une chose est de se lancer dans un plaidoyer pour sauver la planète et son environnement, mais quel crédit lui accorder quand c’est pour nous expliquer in fine que les logiques marchandes de la globalisation ne sont pour rien dans les désastres écologiques actuels.
Nicolas Sarkozy s’est même posé en défenseur d’une jeunesse injustement accusée d’être « désabusée ». Mais par qui l’est-elle depuis des années, sinon par ceux qui n’ont rien compris à l’appel des banlieues ou à celui du mouvement anti-CPE. Le patron de l’UMP veut rattraper le terrain perdu, mais, pourfendant à plusieurs reprises l’esprit de 68, il n’offre comme modèles que Jean-Paul II ou l’amour de la bannière étoilée que manifesteraient les jeunes Américains. Décidément,
il retarde sérieusement. Ce sont les désordres du monde que les jeunes ne supportent plus. Et pour penser un autre monde, ils n’opposent plus la nation et la planète. Ils n’aiment pas la France que quand elle marque des buts, ainsi que le leur a reproché Nicolas Sarkozy. Mais ils aiment une France-monde, une France ouverte et solidaire. Nicolas Sarkozy aimerait devenir le candidat des jeunes. Il est en vérité le candidat d’un système qui pourrit leur avenir.