À Cachan, recensement avant relogement
Mal-logement. Hier, la mairie a répertorié les familles qui pouvaient prétendre à un logement. Aucune garantie pour la régularisation des sans-papiers.
Dans une extrême confu- - sion, une queue s’est formée, hier, à proximité du gymnase Belle-Image, où des familles expulsées du squat de Cachan (Val-de-Marne) sont hébergées depuis le 18 août. Des femmes et des hommes attendent ainsi leur tour pour se faire recenser par les agents municipaux. Derrière une longue table, les fonctionnaires notent l’état civil et établissent deux listes bien distinctes. Sur la première figurent les immigrés en situation régulière, susceptibles d’être relogés, « dans les cinq à six semaines », selon le député et maire (PS) Jean-Yves Le Bouillonnec, initiateur de cette opération. L’élu certifie que des appartements leur seront assurés par l’OPAC de la Ville de Paris et celui du conseil général. En attendant, ils devraient accepter un hébergement hôtelier proche de Cachan et des communes alentour.
« coup de force »
La seconde liste comptabilise le nombre de sans-papiers. Jean-Yves Le Bouillonnec s’engage à plaider auprès du préfet pour qu’un « moratoire, une sorte de gel de leur situation, puisse exister pendant la procédure d’examen, au cas par cas. Entre-temps, on devrait arrêter les poursuites. » Le député maire de Cachan ne semble avoir aucune garantie préfectorale sur la sécurisation ou la régularisation des sans-papiers, qui se font interpeller par la police dès qu’ils se retrouvent à quelques mètres du centre sportif.
Épuisés par ces douze jours dans le gymnase, ils sont nombreux à s’accrocher aux promesses de l’élu. Devant la table de recensement, Koumbali veut y croit : « S’il fait ce qu’il a dit, c’est vraiment bien. J’ai des papiers, je n’en peux plus de voir ma famille vivre ainsi. Mais je n’accepte pas un hôtel trop loin de mon lieu de travail. »
L’opération municipale ne fait toutefois pas l’unanimité. Jusqu’ici, avec ou sans papiers, tout le monde affichait une belle union. Le délégué Fidèle Nitiéma dénonce « le coup de force » du maire, lui reprochant de s’être introduit la veille, vers 23 heures, dans le gymnase, sans pudeur pour les femmes qui s’y trouvaient. « Il n’a même pas pris la peine de consulter les représentants des familles sur ce qu’il concoctait, alors que nous étions en discussion avec lui des heures durant », s’est indigné le délégué, hier, lors d’un point de presse. Fidèle Nitiéma rappelle que « l’hôtel ne peut être la solution. On berne les gens avec cette proposition ». Il réitère le souhait de la majorité de se voir hébergée dans « un lieu unique ».
Plus explicitement, Jean-Baptiste Eyraud (Droit au logement) cite deux endroits susceptibles de recevoir les familles expulsées, avant d’être relogées de façon pérenne : le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à Limeil-Brévannes, ou le foyer de jeunes travailleurs, à Cachan, dont « trois cents chambres sont fermées. Il appartient à la Caisse des dépôts et consignations ».
Le comité de soutien et les délégués devaient rencontrer, hier soir, au moment de la manifestation, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, pour lui faire part de ces deux solutions provisoires. Dans cette ambiance cacophonique, l’artiste Bénabar est venu apporter sa « solidarité ». Le chanteur
estime « affligeante » la manière dont on traite les étrangers, « avec ou sans papiers ». « Ça me fait flipper, ajoute-t-il, de constater cette situation à deux pas de la tour Eiffel. Il n’y a pas de quoi être fier. »
Mina Kaci