Sarkozy bloque les compteurs avant lexamen des dossiers
Sans-papiers . Entretien au Figaro et conférence de presse place Beauvau... Hier, le ministre de l’Intérieur a tenté d’humaniser sa décision de ne régulariser qu’un tiers des demandeurs.
« Entre deux options folles - on renvoie tout le monde comme le souhaite Le Pen, on garde tout le monde comme le demandent les socialistes - j’ai choisi la voie de la justice et de la raison. » La justice et la raison à la sauce Sarkozy, c’est entre 6 000 et 7 000 régularisations d’étrangers dont les enfants sont scolarisés en France, dans le cadre la circulaire du 13 juin dernier. Sarko, en chevalier blanc, le discours est à présent bien rodé. Un discours qui ne tient toujours pas la route lorsque l’on y regarde de près. D’abord parce que les estimations du ministre de l’Intérieur concernant les - demandes de régularisation ne reposent sur rien. « Nous ne - devrions pas dépasser les 20 000 demandes », affirme Nicolas Sarkozy, sous prétexte que les - préfets en ont actuellement enregistré 14 000 et qu’il est improbable « que les étrangers concernés puissent encore ignorer ce dispositif ». Non seulement le ministre d’État fait de la politique-fiction puisqu’il est possible de déposer un dossier jusqu’au 14 août. Mais il semble également avoir surestimé le niveau d’information des familles - dont on n’ignore le nombre - qui ne se sont pas fait connaître, dans leur quartier, par l’école de leurs enfants ou auprès d’une organisation de soutien.
« Ce chiffre est faux, assure Richard Moyon, porte-parole du Réseau Éducation sans frontières (RESF). En réalité, ces 20 000 dossiers ont été acceptés au titre de la circulaire du 13 juin. Les autres dossiers - déposés et qui signalent un des parents ayant un titre de séjour sont rangés dans le regroupement familial. Cela dégonfle d’autant les chiffres de la circulaire. » RESF dénonce la procédure entamée qui s’apparente à « une grande loterie qui risque de se transformer en piège pour les familles », détaille Jean-Michel Delarbre, autre responsable du collectif.
Trop tôt pour donner des chiffres
Même perplexité du côté de la CIMADE : « C’est actuellement beaucoup trop tôt pour donner un chiffre, on ne sait actuellement pas si les gens auront osé se présenter ou pas dans les préfectures », a indiqué son président, Patrick Peugeot. « Ces chiffres relèvent soit de la fantaisie soit de l’approximation, et ne reflètent que très imparfaitement une réalité beaucoup plus complexe », poursuit Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile.
L’une comme l’autre de ces associations contestent les critères définis par le ministre de l’Intérieur. « Il faut rendre les choses plus humaines. Il n’est pas normal de refuser la régularisation pour des enfants arrivés après treize ans, pour des majeurs encore scolarisés ou pour des familles dont un membre est en situation régulière », estime Patrick Peugeot. Pour sa part, France terre d’asile réclame « une régularisation globale, accordée sur des critères objectifs ». Et demande, à l’instar de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, « la délivrance d’un titre de séjour pour les personnes déboutées de leur demande d’asile qui ne sont ni régularisables, car elles ne satisfont pas formellement aux conditions, ni expulsables dans leur pays d’origine en raison des craintes personnelles quy encourent ou de la situation de violence généralisée qui y prévaut ».
En homme de quotas, Nicolas Sarkozy a donc fixé à 30 % le nombre de personnes à régulariser. Il ne faut pas voir dans cet objectif un quelconque raisonnement logique. Mais une stratégie purement politicienne qui vise à convaincre l’opinion publique, tant du côté des partisans d’une régularisation partielle, que de la frange la plus réfractaire aux immigrés. Autre ineptie : la présence massive d’étrangers en situation irrégulière serait de l’entière - responsabilité du gouvernement de gauche plurielle qui a créé un appel d’air « dans le monde entier », en régularisant 80 000 sans-papiers. C’est, tout au contraire, parce que le ministre de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, a laissé sur le bord de la route de nombreux candidats à la régularisation qu’il reste aujourd’hui autant d’étrangers dans la clandestinité. Son successeur oublie également de mentionner que la machine à fabriquer des sans-papiers a été enclenchée par d’autres pensionnaires de la place Beauvau, au premier rang desquels Charles Pasqua et Jean-Louis Debré. De son côté, le médiateur national, Arno Klarsfeld, continue, lui, de prétendre qu’il n’y aura « pas d’expulsion de familles avec des enfants ayant des attaches fortes avec la France ».
Toujours plus d’expulsions
Enfin, le ministre en campagne a réaffirmé son intention d’atteindre les 25 000 expulsions d’ici à la fin de l’année. « Il y a tous les jours des départs - organisés. (...) Les personnes qui ne répondent pas à nos critères ont vocation à partir, soit - volontairement, soit de manière contrainte », a réaffirmé Nicolas Sarkozy, contestant le terme de « chasse aux enfants ». En effet, le gibier est bien plus large puisqu’il englobe aussi les parents, les jeunes majeurs scolarisés et les célibataires.
Ludovic Tomas