lÉtat vend Alstom à Bouygues
FORFAITURE
l’État vend Alstom à Bouygues
C’est présenté
comme une très bonne nouvelle.
comme une très bonne nouvelle.
Bouygues rachète la part de l’État dans le capital d’Alstom. L’État gagne au passage 1,26 milliard d’euros. On reste entre groupes français. Le patriotisme économique est sauf, tout est bien qui finit bien. C’est du moins ce que l’on nous explique au gouvernement, au ministère des Finances, dans une bonne partie des médias. De quoi se plaindrait-on en effet quand Alstom, en difficulté au cours des dernières années, était guetté par des “ malfaisants ”, diraient les Tontons flingueurs, dont le groupe allemand Siemens.
Sauf que le scénario est tout autre et pourrait être résumé comme suit. Alstom, groupe jouant les tout premiers rôles en France et dans le monde,, dans les secteurs de l’énergie dont le nucléaire, des transports dont les TGV et les métros, de la construction navale dont les chantiers de l’Atlantique était une carte industrielle majeure pour la France et dans le monde. Mais il a un gros défaut qui apparaîtra de manière progressive après son entrée en Bourse en 1998. Il n’est pas assez rentable. Il ne sert pas ses actionnaires au niveau où ils l’attendent. La suite est classique dans sa forme. Inédite dans son ampleur. Le plan s’appelle “ restore value ”. Cessions d’activités, réductions d’effectifs. La commission de Bruxelles s’y met et pousse à la roue.
En février dernier, le PDG du groupe pouvait s’estimer satisfait. Il précisait : “ Les cessions que nous nous étions engagés à faire auprès de la Commission européenne sont soit réalisés soit proches de l’être ”. Et d’ajouter, le plaisantin: “ Je dirai de façon humoristique que la période des soldes est terminée chez Alstom ”. Parmi les soldes et entre autres, les Chantiers de l’Atlantique vendus à une groupe norvégien. Parmi les soldes, aussi, les 10 000 collaborateurs “ poussés vers la sortie. Sans état d’âme. ” Les 1 600 suppressions d’emplois en France… Drôle, non?
Mais le résultat est là. Avec l’aide de l’État, qui a mis la main à la poche pour aider à “ Restore value ” et cela à hauteur de 720 millions d’euros, 21,3% du caîtl. Alstom redevient rentable avec, pour l’exercice clos en mars dernier, un résultat net supérieur à 150 ùillions d’euros.
Le même PDG déclarait encore : “ Nous aurons tourné une page. Et nous pourrons mobiliser nos énergies pour une nouvelle aventure tournée vers la croissance rentable ”. La croissance rentable, la nouvelle aventure, ce sera Bouygues. L’État a servi de relais avec l’argent public. La somme gagnée au passage par la revente à Bouygues reste dérisoire au regard de l’énorme gâteau à venir. Un seul exemple : en moins de trois ans, les commandes de la Chine à Alstom ont été multipliés par dix. Les commandes dans le monde portent sur tous les secteurs et programmes décisifs dans les domaines de l’énergie, nucléaire, charbon, hydraulique, transports, dont le frère cadet du TGV, l’AGV.
Cela pourrait s’appeler une forfaiture. Comment nommer sinon l’engagement de l’État dans le démantelement progressif d’un grand groupe national pour n’en garder que le plus rentable et le remettre au bout du compte à un grand groupe privé? D’autant que d’autres voies étaient possibles pour Alstom. À condition de ne pas viser la rentabilité financière, mais l’utilité sociale, en France et dans le monde, d’un groupe pouvant nouer des alliances avec d’autres acteurs publics, des coopérations avec des groupes étrangers. Il y a urgence pour les salariés, l’opinion, à peser sur les orientations des grands groupes, à intervenir dans les gestions, à mettre en cause les choix économiques d’un gouvernement dévoué aux intérêts financiers et privés, à mettre à la raison les Tontons flingueurs. Et ceux-là ne font pas rire .
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