hommage à Guy Môquet et à ses camarades


21 octobre 2007 devant la stèle Jean Moulin à Migennes
Après ce grand moment d’émotion, je voudrais dire dans quel état d’esprit et dans quel but nous avons organisé cet cérémonie d’hommage.
Chaque année à Châteaubriant, le PCF célèbre la mémoire des 27 fusillés. Il le fait sur les lieux du crime.
Cette année avec la décision et l’orientation donnée par le Président de la République pour lire la lettre de Guy Môquet dans les lycées, nous avons voulu marquer cette commémoration à Migennes et donner du sens à l’événement.
Nous ne sommes pas dupes. Il y a de la part du Président de la République une opération politicienne de récupération. C’est un coup politique et médiatique comme il sait en faire.
L’occasion nous est cependant donnée de dire que nous n’acceptons pas que l’on sépare le martyre de Guy Môquet, son courage et son engagement de communiste dans le contexte politique de l’époque.
Ce jeune homme qui mourra sous les balles nazies à 17 ans, après avoir été arrêté par la police française écrit dans sa dernière lettre que Vincent vient de lire : « J’aurais voulu vivre. ». C’est la plus belle phrase de ce texte.
Il aurait voulu vivre malgré l’horizon bouché de l’époque du fait de l’occupation de son pays. Il aurait voulu vivre car il avait trouvé dans son engagement politique sa raison d’être : Résister, chasser l’occupant, construire un monde meilleur.
Guy Môquet est un enfant du Front Populaire. Il a douze ans en 1936. Son père est cheminot, militant syndical qui devient candidat communiste aux élections de mai 36 et qui est élu député dans le 17ème arrondissement de Paris.
Guy vit les combats du peuple de Paris avec son père, les occupations d’usines et les fêtes populaires dans les usines occupées.
Cette expérience et cet espoir d’une vie meilleure forgeront sa conscience politique.
Mais ces bons moments ne dureront pas. Le fascisme et le nazisme se renforcent. L’Espagne républicaine est assassinée par Franco et la non-intervention. Les puissances occidentales capitulent à Munich devant Hitler. C’est l’époque où la bourgeoisie dit à qui veut l’entendre ; « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! »
Ce qui devait arriver arriva. La France est vaincue et dès le mois de mai 1940, elle est occupée par les nazis.
Ces années voient grandir la haine contre les communistes.
Prosper Môquet est arrêté en septembre 39 comme bien d’autres députés communistes. Le Parti Communiste est en effet interdit et un décret « Sérol » instaure la possibilité de peine de mort pour propagande communiste. Le gouvernement de l’époque s’est saisi du prétexte du pacte germano-soviétique pour décimer le Parti Communiste.
En avril 1940, Prosper Môquet est condamné. Il est incarcéré au bagne de Maison Carrée à Alger.
A cette époque 3000 militants communistes et syndicalistes sont sous les verrous.
L’arrestation de son père va être un catalyseur de l’engagement de Guy Môquet.
Il dit à sa mère Juliette : « Ils ont arrêté Papa. Bon. C’est à moi de prendre la relève. »
Et Guy se donne complètement à son idéal.
Il organise les Jeunesses Communistes clandestines dans le 17ème.
L’activité à ce moment-là est essentiellement une activité de propagande pour éveiller les consciences.
Il distribue tracts et papillons qu’il jette à la volée de son vélo. La nuit les jeunes communistes inscrivent sur les murs du quartier des slogans hostiles à la collaboration et à l’occupation, pour la libération des emprisonnés.
La France est occupée et la police française désormais aux ordres de Pétain pourchasse les communistes et les patriotes.
Le 13 octobre 1940, Guy est arrêté gare de l’Est. Il est interné à la Santé puis à Fresnes. Il est jugé en janvier 41 et acquitté certainement en raison de son âge. Mais il est maintenu en détention à Clairvaux, puis transféré au camp de Châteaubriant en Bretagne.
Progressivement, la résistance communiste va prendre du souffle. En cette année 41, le 1er juin se constitue le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France à l’initiative du PC.
Les conditions de la lutte armée se créent.
Le 21 août, Pierre Georges, le futur colonel Fabien tire sur un officier allemand dans le métro à la station Barbès. Le 20 octobre à Nantes, 3 résistants exécutent le lieutenant-colonel Holtz, commandant de la place de Nantes.
Les Allemands ordonnent de fusiller 50 otages.
Des internés de Châteaubriant, le ministre de l’intérieur de l’époque, Pierre Pucheu choisit 27 noms. Pas au hasard.
Il hait les communistes et les syndicalistes.
Il a été administrateur des fonderies de Pont à Mousson, des aciéries de Micheville, fondateur du cartel international de l’acier. Il est le représentant de cette bourgeoisie qui, après le triomphe d’Hitler, entend prendre sa revanche sur le Front Populaire.
Il se souvient que lors des accords Matignon en 36, il est dans l’entourage de la Confédération Générale de la Production française, sorte de MEDEF de l’époque et qu’en face il y a Jean Pierre Timbaud, dirigeant de la métallurgie CGT.
JP Timbaud bien sûr, mais aussi Charles Michels, dirigeant des cuirs et peaux CGT et député communiste de Paris, Jean Grandel, secrétaire de la fédération postale CGT et maire de Gennevilliers. Et bien d’autres, en tout 27 dont un instituteur retraité de Digoin en Saône et Loire, Titus Bartoli, qui dira à l’officier allemand qui annonce qu’ils seront fusillés : « Les communistes ne capitulent jamais. »
Et bien sûr, Guy Môquet car il est le fils d’un député communiste, mais aussi parce qu’il représente la jeunesse capable de dire Non, de se battre, et de rêver à un monde meilleur.
Pétain et Pucheu veulent casser la lutte syndicale, effacer le Front Populaire et les velléités résistantes de la jeunesse.
Le 22 octobre, Guy et ses 26 camarades sont fusillés. Ils se rendront au poteau d’exécution en chantant la Marseillaise. Ils refuseront qu’on leur bande les yeux.
Nous rendons hommage à ceux qui sont tombés à Châteaubriant., mais aussi à toutes celles et tous ceux qui sont tombés en résistant, toutes celles et tous ceux qui ont subi les pires souffrances dans les camps de concentration.
Nous relisons avec une attention particulière ce qu’écrivit Guy Môquet sur les planches de son baraquement : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir. »
Nous avons décidé en nous engageant de défendre les valeurs qu’ils portaient, le sens de leur engagement et de promouvoir ce pourquoi ils se sont battus au prix de leur vie.
La liberté, l’esprit de résistance à l’oppression, le refus de la fatalité devant les souffrances.
Nous avons décidé de défendre les grandes conquêtes qui constituent le socle de notre modèle social et qui sont issues du programme du Conseil National de la Résistance.
Je pense à la Sécurité Sociale que l’on veut démanteler aujourd’hui. Je pense à la nationalisation de l’énergie que l’on liquide avec la privatisation d’EDF et de GDF. Je pense à la fonction publique aujourd’hui menacée, à la réduction du temps de travail remise en cause tout comme le droit à une retraire heureuse, les droits au temps libre, à la culture, à l’éducation qui sont mis à mal aujourd’hui par la contre-révolution libérale.
Et quand on lit ce qu’écrit un des idéologues du Medef, M.Kessler, je cite : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance », on est en droit de s’insurger et de résister pour défendre et développer les conquêtes sociales du Front Populaire et de la libération aujourd’hui remises en cause par le gouvernement.
Devons-nous rester silencieux devant la stigmatisation des populations venues d’ailleurs, devant les mesures prises pour satisfaire aux quotas fixés par M.Sarkozy, les rafles d’enfants et de famille, les tests ADN. Cela rappelle les heures sombres de l’occupation. Nous ne pouvons nous empêcher de nous souvenir de l’apport considérable des étrangers à la résistance, des groupes FTP-MOI, de Manouchian et ses camarades, de Joseph Epstein qui vint d’ailleurs souvent dans l’Yonne. Non ! nous combattons cette politique au nom des idéaux de la résistance.
Cet hommage à Guy Môquet et à ses camarades, nous l’étendons à toute le résistance avec une pensée particulière pour ses parents qui ont vécu la drame de Guy , mais quelque temps plus tard la mort de son frère, une pensée particulière pour Juliette, sa mère qui connaîtra la déportation, pour Prosper, son père qui deviendra en 1945 député de l’Yonne jusqu’en 1951 et qui vint souvent à Migennes animer la bataille politique et les débats.
Notre plus grand souhait est d’être dignes de vous, les 27 qui sont mort ce 22 octobre 1941.