La grande manipulation
Après des mois de déferlement médiatique orchestrant l’intronisation des deux candidatures de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy, non comptabilisés dans les temps de parole car précédant le décompte officiel entamé en décembre, le CSA, Conseil supérieur de l’Audiovisuel, s’est livré en ce début d’année à un premier et timide avertissement contre cette "bipolarisation excessive".
Loin de demander l’égalité de traitement entre les candidats, la haute autorité de l’audiovisuel plaide juste un rééquilibrage au profit des prétendus "petits" candidats.
Mais pour la direction de TF1, c’en est déjà trop. Dans le "Journal du dimanche", le directeur de l’information Robert Namias renvoie dans les cordes toutes les critiques, celles du CSA qui selon lui "ne concerne pas notre chaîne" et celles de tous ceux qui, à l’instar de François Bayrou "n’auront rien d’autre à dire pour exister" que de dénoncer les inégalités de traitement. Il est vrai qy’à en croire les chiffres du CSA, il y a pire que TF1 en la matière puisqu’en décembre les émissions d’info de M6, une chaîne particulièrement regardée par les jeunes, ont accordé 72% de temps d’antenne aux deux candidats Royal et Sarkozy.
En réalité, toutes les grandes chaînes, service public compris, sont concernées. En novembre, l’émission France – Europe – Express de France3 s’était distinguée en esquivant la présence de MG Buffet lors du débat sur la candidature antilibérale et dans une autre édition avait annulé celle de Voynet en prétextant une mise en garde du CSA contre une surreprésentation de la gauche dans cette période.
Car la gauche, c’est bien connu, n’a qu’une seule voix...
Mais outre le mépris affiché par les recommandations du CSA, Namias de TF1 ne s’en tient pas là. Il annonce que TF1 envisage d’en remettre une couche. En février seuls Sarkozy et Royal auront le droit à une grande émission de deux heures en début de soirée. JM Le Pen et Bayrou s’en partageront une troisième.
Tous les autres candidats se verront renvoyés à une émission de seconde zone un samedi en début d’après midi... y compris Nicolas Hulot « si celui ci se déclare d’ici là » estime, magnanime, le manipulateur de TF1.
Ainsi la première chaîne a déjà voté, elle classe les candidats selon la préférence de ses dirigeants. Le CSA peur préparer son communiqué de regrets. Si l’on ajoute à cette scandaleuse main mise audiovisuelle un paysage de la presse écrite, bien que davantage pluraliste, également fort mal en point, la démocratie a de gros soucis à se faire.
L’irruption d’internet démultiplie certes les possibilités d’intervention citoyenne mais la Toile n’échappe pas aux tentatives d’instrumentalisation sous contrôle. Autrement dit, la conquête d’une information honnête, transparente, équilibrée et donc forcément contradictoire demeure une des grandes affaires de la séquence démocratique qui s’ouvre. Elle doit concerner tous les médias et viser non la simple juxtaposition de temps de parole mais l’appropriation par tous les citoyens des moyens de se forger leur opinion en toute liberté.
Trop de paroles sont écrasées, trop d’opinions ignorées, trop de vies mésestimées, trop de hierarchies préfabriquées. Les communistes entendent apporter la contribution la plus efficace possible à un débat citoyen de haute tenue. En ne perdant jamais de vue à quoi sert une élection et donc théoriquement aussi la campagne qui la précède : donner la parole au peuple.
De : PCF (posté par FG de Quincy)