À Jacques Chirac, le patronat reconnaissant
Cadeaux fiscaux . Devant les « forces vives », le président de la République a proposé de réduire l’impôt sur les sociétés, actuellement de 33 %, à 20 % voire à 10 % pour les plus « vertueuses ».
À droite toute. Après avoir soufflé à Nicolas Sarkozy sa promesse de droit au logement opposable, Jacques Chirac espère siphonner le très libéral programme économique et social du candidat de l’UMP. Quitte à se livrer à une surenchère qui a empli d’aise Laurence Parisot, assise au premier rang lors de la présentation de ses voeux aux « forces vives de la nation ». Le président de la République a ainsi proposé de ramener l’impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % en cinq ans. Ce taux pourrait même tomber à 10 % pour « les entreprises qui distribuent autant à leurs salariés, sous forme de participation et d’augmentations de salaires, qu’à leurs actionnaires », a-t-il promis. Cette proposition marque un nouveau cap dans les politiques de réduction d’impôts et de défiscalisation conduites par la droite depuis 2002. Des politiques dont les privilégiés ont largement tiré profit, sans effet vertueux ni sur l’économie ni sur l’emploi.
concurrence fiscale
L’argument avancé : le soutien à la « compétitivité » des entreprises françaises dans un contexte de concurrences mondiale et européenne. « L’enjeu majeur des années à venir, c’est la concurrence fiscale entre les nations, a exposé Jacques Chirac. Pour conserver nos entreprises et en attirer d’autres, c’est sur le taux de l’impôt sur les sociétés qu’il faudra agir. » Aux antipodes de l’exigence d’harmonisation fiscale qui s’était exprimée à l’occasion du référendum sur la constitution européenne, le président de la République propose d’engager plus avant la France dans le jeu de massacre du dumping fiscal que se livrent les États européens en l’absence de politique commune en la matière. Après la mise en place du « bouclier fiscal » et la baisse de 20 % en cinq ans de l’impôt sur le revenu, cette spectaculaire baisse de l’impôt sur les sociétés entraînera des conséquences très négatives pour la majorité des Français. D’abord parce que des compensations partielles seront inévitablement recherchées du côté des impôts indirects ou sous la forme de la fameuse « TVA sociale » avancée par certains. Ensuite parce que ce nouveau manque à gagner pour les finances publiques accentuera encore la pression sur les dépenses sociales. Pour faire bonne figure, et en forme de contrepartie, le chef de l’État a suggéré que les fonds d’investissements soient tenus de reverser aux salariés « une fraction significative de la plus-
value réalisée, par exemple 20 % » au moment de la revente d’une entreprise. La proposition laissera sans doute un goût amer aux milliers de salariés licenciés après la reprise de leur entreprise par l’un de ces fonds spéculatifs pour lesquels les « restructurations » sont précisément la clé d’un vertigineux taux de rentabilité. Dans le domaine de l’emploi, toujours au nom de la « compétitivité » et de la promotion d’un « nouveau modèle social », le cap fixé par Jacques Chirac est le même : l’alignement sur les législations sociales les plus défavorables aux salariés. « Notre droit du travail est trop complexe et trop rigide, a-t-il soutenu. Nos entreprises ne luttent pas à armes égales (...). Il faudra leur donner les moyens de leur expansion en leur offrant plus de souplesse ». Cette « souplesse » devrait s’épanouir, selon le chef de l’État, dans le cadre d’une « sécurité sociale professionnelle » qu’il imagine fort différente de celle que la CGT et les forces de gauche appellent de leurs voeux. Au coeur de ce système supposé permettre la réalisation du « seul objectif qui vaille, le plein-emploi » : la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, une proposition initialement avancée par Nicolas Sarkozy pour renforcer encore le contrôle des chômeurs. Cette « sécurité sociale professionnelle », a précisé Jacques Chirac, s’inscrirait « dans l’esprit du contrat de transition professionnelle », un contrat utilisé à titre expérimental depuis avril 2006 dans quelques bassins d’emplois. Ce dispositif permet à des salariés licenciés de toucher un revenu équivalent à 80 % de leur salaire brut pendant un an. À condition de faire preuve d’une totale « mobilité géographique et professionnelle » et d’accepter n’importe quel type de formation ou d’emploi, même en dessous de leurs qualifications.
La participation, « PROJET DE SOCIÉTÉ »
En matière de pouvoir d’achat, enfin, domaine dans lequel Jacques Chirac reconnaît, en forme d’euphémisme, que les « attentes sont fortes », le chef de l’État a offert un vibrant plaidoyer en faveur de la participation, élevée pour l’occasion au rang de « projet de société ». « C’est une question de justice, a-t-il fait valoir : les salariés doivent bénéficier d’une partie des profits qu’ils ont contribué à créer par leur travail. » Mais il ne s’agit pas seulement ici d’offrir aux salariés « une source supplémentaire de revenu ». L’objectif clairement affiché est de faire de la participation l’un des moyens pour « sortir de cette tradition de la conflictualité héritée d’un autre âge », fustigée par le chef de l’État. « La participation, c’est un fantastique instrument de cohésion entre le salarié et son entreprise : elle scelle entre eux un véritable lien autour d’une ambition partagée », a-t-il affirmé, en fixant l’objectif de son élargissement à tous les
salariés.
Au début de son discours, Jacques Chirac a dit vouloir « écarter la voie d’une France convertie au tout libéral, à la compression des salaires et au rétrécissement de la protection sociale ». Une intention démentie tant par l’ardente défense de son bilan que par ses voeux en forme de programme politique antisocial.
Rosa MoussaouiÀ Jacques Chirac, le patronat reconnaissant
Cadeaux fiscaux . Devant les « forces vives », le président de la République a proposé de réduire l’impôt sur les sociétés, actuellement de 33 %, à 20 % voire à 10 % pour les plus « vertueuses ».
À droite toute. Après avoir soufflé à Nicolas Sarkozy sa promesse de droit au logement opposable, Jacques Chirac espère siphonner le très libéral programme économique et social du candidat de l’UMP. Quitte à se livrer à une surenchère qui a empli d’aise Laurence Parisot, assise au premier rang lors de la présentation de ses voeux aux « forces vives de la nation ». Le président de la République a ainsi proposé de ramener l’impôt sur les sociétés de 33 % à 20 % en cinq ans. Ce taux pourrait même tomber à 10 % pour « les entreprises qui distribuent autant à leurs salariés, sous forme de participation et d’augmentations de salaires, qu’à leurs actionnaires », a-t-il promis. Cette proposition marque un nouveau cap dans les politiques de réduction d’impôts et de défiscalisation conduites par la droite depuis 2002. Des politiques dont les privilégiés ont largement tiré profit, sans effet vertueux ni sur l’économie ni sur l’emploi.
concurrence fiscale
L’argument avancé : le soutien à la « compétitivité » des entreprises françaises dans un contexte de concurrences mondiale et européenne. « L’enjeu majeur des années à venir, c’est la concurrence fiscale entre les nations, a exposé Jacques Chirac. Pour conserver nos entreprises et en attirer d’autres, c’est sur le taux de l’impôt sur les sociétés qu’il faudra agir. » Aux antipodes de l’exigence d’harmonisation fiscale qui s’était exprimée à l’occasion du référendum sur la constitution européenne, le président de la République propose d’engager plus avant la France dans le jeu de massacre du dumping fiscal que se livrent les États européens en l’absence de politique commune en la matière. Après la mise en place du « bouclier fiscal » et la baisse de 20 % en cinq ans de l’impôt sur le revenu, cette spectaculaire baisse de l’impôt sur les sociétés entraînera des conséquences très négatives pour la majorité des Français. D’abord parce que des compensations partielles seront inévitablement recherchées du côté des impôts indirects ou sous la forme de la fameuse « TVA sociale » avancée par certains. Ensuite parce que ce nouveau manque à gagner pour les finances publiques accentuera encore la pression sur les dépenses sociales. Pour faire bonne figure, et en forme de contrepartie, le chef de l’État a suggéré que les fonds d’investissements soient tenus de reverser aux salariés « une fraction significative de la plus-
value réalisée, par exemple 20 % » au moment de la revente d’une entreprise. La proposition laissera sans doute un goût amer aux milliers de salariés licenciés après la reprise de leur entreprise par l’un de ces fonds spéculatifs pour lesquels les « restructurations » sont précisément la clé d’un vertigineux taux de rentabilité. Dans le domaine de l’emploi, toujours au nom de la « compétitivité » et de la promotion d’un « nouveau modèle social », le cap fixé par Jacques Chirac est le même : l’alignement sur les législations sociales les plus défavorables aux salariés. « Notre droit du travail est trop complexe et trop rigide, a-t-il soutenu. Nos entreprises ne luttent pas à armes égales (...). Il faudra leur donner les moyens de leur expansion en leur offrant plus de souplesse ». Cette « souplesse » devrait s’épanouir, selon le chef de l’État, dans le cadre d’une « sécurité sociale professionnelle » qu’il imagine fort différente de celle que la CGT et les forces de gauche appellent de leurs voeux. Au coeur de ce système supposé permettre la réalisation du « seul objectif qui vaille, le plein-emploi » : la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, une proposition initialement avancée par Nicolas Sarkozy pour renforcer encore le contrôle des chômeurs. Cette « sécurité sociale professionnelle », a précisé Jacques Chirac, s’inscrirait « dans l’esprit du contrat de transition professionnelle », un contrat utilisé à titre expérimental depuis avril 2006 dans quelques bassins d’emplois. Ce dispositif permet à des salariés licenciés de toucher un revenu équivalent à 80 % de leur salaire brut pendant un an. À condition de faire preuve d’une totale « mobilité géographique et professionnelle » et d’accepter n’importe quel type de formation ou d’emploi, même en dessous de leurs qualifications.
La participation, « PROJET DE SOCIÉTÉ »
En matière de pouvoir d’achat, enfin, domaine dans lequel Jacques Chirac reconnaît, en forme d’euphémisme, que les « attentes sont fortes », le chef de l’État a offert un vibrant plaidoyer en faveur de la participation, élevée pour l’occasion au rang de « projet de société ». « C’est une question de justice, a-t-il fait valoir : les salariés doivent bénéficier d’une partie des profits qu’ils ont contribué à créer par leur travail. » Mais il ne s’agit pas seulement ici d’offrir aux salariés « une source supplémentaire de revenu ». L’objectif clairement affiché est de faire de la participation l’un des moyens pour « sortir de cette tradition de la conflictualité héritée d’un autre âge », fustigée par le chef de l’État. « La participation, c’est un fantastique instrument de cohésion entre le salarié et son entreprise : elle scelle entre eux un véritable lien autour d’une ambition partagée », a-t-il affirmé, en fixant l’objectif de son élargissement à tous les
salariés.
Au début de son discours, Jacques Chirac a dit vouloir « écarter la voie d’une France convertie au tout libéral, à la compression des salaires et au rétrécissement de la protection sociale ». Une intention démentie tant par l’ardente défense de son bilan que par ses voeux en forme de programme politique antisocial.
Rosa Moussaoui