Les partisans du retrait de la candidature Buffet sorganisent
Gauche antilibérale . Des élus et des militants d’Île-de-France ont adopté une adresse à la direction du PCF pour demander le retrait de la candidature.
Quelle tactique adopter pour obtenir du PCF le retrait de la candidature de Marie-George Buffet alors que celle-ci a obtenu une confortable majorité dans les collectifs locaux après avoir été proposée par un vote massif des communistes ? Quel- que deux cents militants - élus communistes de la région - parisienne (1), syndicalistes, membres de collectifs, essentiellement des adhérents du parti et d’ex-cotisants - ont tenté de résoudre cette délicate équation, mercredi soir, à la bourse du travail de Saint-Denis. À la suite du refus des représentants nationaux des sensibilités politiques de la gauche antilibérale de prendre en compte l’opinion de la base, et à la veille d’une importante réunion du Conseil national du Parti communiste, tous les participants étaient acquis à l’idée d’exercer une pression maximale. « Nous demandons à la direction de ne pas casser cette expérience innovante », lançait Jacqueline Fraisse, députée des Hauts-de-Seine, ce qui passe par la reconnaissance que « Marie-George Buffet ne fait pas consensus ».
L’heure n’est pas à contester les chiffres. Et personne (ou presque) ne l’a fait, à l’exception de Didier Pourre qui a - expliqué que son collectif d’Ivry-sur-Seine avait placé la dirigeante communiste en tête du premier choix, mais qu’en y ajoutant le deuxième choix (la seconde place en quelque sorte), Clémentine Autain - arrivait en tête... « Nous avons besoin d’arguments plus pertinents », estimait un militant, non-membre du PCF, du collectif de Créteil, face à « l’argument béton du choix démocratique ». Interrogation balayée par Laurent Lévy (Ivry). « Le fait majoritaire ne compte pas », assenait-il, et il avertissait, accusateur : « Si le PCF s’obstine à présenter Marie-George Buffet, celle-ci sera une candidate de division. » Quelques intervenants ont adopté un ton très dur. Un militant du Val-d’Oise a parlé de « trahison », accusant la direction communiste d’avoir changé de stratégie en cours de route, suscitant « le rejet et la haine ». Le seul ressort pour faire bouger la direction, c’est l’usage de « la peur ». Une autre participante, venue du Loiret, a suggéré, elle, d’utiliser « la ruse » : engager tous ensemble la campagne autour du programme et reporter le choix de qui figurera sur le bulletin de vote le plus tard possible, afin de rendre impossible un retrait du PCF quel que soit le candidat désigné... Olivier Frachon, syndicaliste, préconise à l’inverse de désigner « un candidat antilibéral » et d’engager la collecte des signatures.
Ce choix de la confrontation n’a pas fait consensus. Plusieurs orateurs s’en démarqueront. Les images de communistes conspués à l’Île des Vannes sont traumatisantes. « C’était odieux » a lancé une militante du collectif de Montmorency, précisant sa préférence pour Clémentine Autain. Les militants communistes ont le sentiment qu’ils sont majoritaires, qu’ils sont là pour distribuer les tracts et qu’on ne veut pas d’eux pour représenter le rassemblement, reconnaissait Isabelle Lorand. « Les communistes ont été blessés », témoignait Catherine Tricot. Elle invitait à « ne pas être agressif, à ne pas heurter ». « Nous avons une chance de lever l’obstacle. Dans les sections, les réactions sont en train de changer. » Avis partagé par Gilles Alfonsi qui estime que « le PCF a intérêt à une sortie de crise par le haut » en retirant la candidature et en faisant une autre proposition. « Ce serait un geste historique ». Pour Jacques Perreux, conseiller général du Val-de-Marne, le parti peut débloquer la situation : « Retirer la candidature ce n’est pas un sacrifice demandé aux communistes » car « avec 3 % des voix en 2002 le PCF ne représente qu’un petit morceau du rassemblement antilibéral ».
Le syndicaliste enseignant José Tovar (Seine-Saint-Denis), avait affirmé dans le débat qu’« il ne suffit pas de prendre des initiatives à l’intérieur du parti ». Chose faite par l’adoption d’une adresse à la direction du PCF en faveur d’une nouvelle consultation des communistes sur la question suivante : « Nous voulons la poursuite du rassemblement et nous ne faisons pas de l’appartenance du (de la) candidat(e) au Parti communiste français la condition. » Principe non contesté par la direction du PCF, qui n’a pas présenté Marie-George Buffet comme une candidate « naturelle » mais a pris acte de l’opinion majoritaire des collectifs. Et qui devra trancher en définitive, la base ou le sommet ? La réunion n’a pas véritablement répondu à cette question.
(1) On notait la présence
de François Asensi, député
de la Seine-Saint-Denis, Jean Brafman, conseiller régional, Patrick Braouezec, député de la Seine-Saint-Denis, Bernard Calabuig, secrétaire départemental du Val-d’Oise, Jacqueline Fraisse, députée
des Hauts-de-Seine, Pierre Laporte, conseiller général
de la Seine-Saint-Denis, Pierre Mansat, adjoint au maire
de Paris, Jacques Perreux, conseiller général du Val-
de-Marne, David Proult, secrétaire de section
de Saint-Denis...
Jean-Paul Piérot