Enfants sous protection

Publié le par L Humanité

Enfants sous protection

 

Mobilisation . Dans la salle du Bataclan, à Paris, plus de soixante personnalités du monde culturel sont devenues marraines et parrains d’autant d’enfants du gymnase de Cachan.

« Nous sommes en grève de la faim. » Les lettres rouges de la banderole crèvent l’écran suspendu à la scène de la salle de spectacle du Bataclan. Depuis le gymnase de Cachan, des hommes affaiblis crient leur détresse : « Nous n’en pouvons plus de cette vie misérable, inhumaine. Nous ne sommes pas des bandits. Pourquoi devons-nous nous cacher de la police ? » En quittant le soleil du boulevard Voltaire pour les poursuites lumineuses qui éclairaient ce vendredi après-midi la salle, on se retrouvait plongé dans un monde à l’image de ce que l’on aimerait voir tous les jours. Au centre, les familles africaines venues du gymnase de Cachan par les bus qu’a affrétés le conseil général du Val-de-Marne. Partout des citoyens réunis dans le collectif « Solidarité mille de Cachan », organisateur d’un grand baptême républicain pour 65 enfants qui depuis des semaines subissent dans le gymnase les conditions que l’on sait.

urgence et espoir

Madame Safiétou Ba, déléguée des représentantes des femmes du gymnase, tient à le souligner, autour d’une table de bistro où attendent des biberons, et de s’indigner : « L’urgence est toujours là. Sans la solidarité des Cachanais, des citoyens français qui viennent de toutes parts, célèbres ou inconnus, nous ne pourrions pas tenir. Il est grand temps que les familles changent de façon de vivre. » Du regard, elle désigne les visages des femmes et des hommes, plutôt jeunes, qui portent des petits dans leurs bras. Les beaux atours ont été sortis des sacs, les plis des pantalons repassés sous des matelas de fortune, mais la fatigue se lit qui ombre les sourires. L’urgence et l’espoir qui durant quelques heures, vont s’orchestrer au rythme des baptêmes auxquels des élus vont procéder, ceints de leurs écharpes républicaines. Élus du Parti socialiste, des Verts, du Parti communiste, installés sur scène autour d’une tribune improvisée. On remarque Christian Favier, présisent PCF du Conseil général du Val-de-Marne, Dominique Voynet, Jack Lang....

Le généticien Albert Jacquard retrouve Monseigneur Gaillot. Jacques Higelin navigue dans une marée de chaises. Isabelle Carré, Charles Berling, Richard Berry attendent qu’on les informe du déroulement. Josiane Balasko teste les micros. Le musicien Stomy Bugsy cherche à caser son casque de moto. Acteurs, chanteurs, écrivains, philosophes, historiens, on ne saurait livrer pareille énumération, aussi prestigieuse soit-elle. Plus tard, leurs noms résonneront un à un, tressés à ceux des filleuls, parfois minuscules, qu’ils prennent sous leur protection.

Monsieur Issoufou, président des représentants du gymnase, les remerciera de la responsabilité qu’ils prennent, tout en lançant une adresse plus large : « Nous interpellons le peuple de France et le premier magistrat de la République, son président, que les Français ont élu. [...] Nous ne sommes pas des envahisseurs. Nous travaillons, nous inscrivons nos enfants à l’école. Nous aimons la France. Au slogan qui dit « la France aime-la ou quitte-la », nous répondons : tous ceux qui l’aiment doivent rester. Pour construire une France multicolore et multiculturelle, garantie de son essor économique et social. » Devant la chaleur du parterre, Monsieur Issoufou ajoute : « Le Coq a chanté. L’espoir est né. »

L’espoir et l’urgence. Le comédien Bruno Solo en retrace les traits sombres. Il rappelle la circulaire de février 2006 qui permet à la police d’appréhender des enfants à n’importe quel moment et en tous lieux, jusque dans une salle de classe. Circulaire qui autorise à interpeller leurs parents jusque dans les préfectures où ils tentent de régulariser leurs situations, à les poursuivre dans la précarité des foyers et même dans les hôpitaux...

« L’étranger, un bouc émissaire »

Bruno Solo évoque, au-delà de Cachan, « tous ces faits qui se déroulent dans des commissariats, des préfectures, des centres de rétention et qui révoltent la conscience ». Le comédien alerte sur les dangers que court, à terme, tout citoyen dès lors que « « l’étranger » commence d’être pris pour bouc émissaire ». Et déclare : « en combattant à leurs côtés, nous combattons pour nous-mêmes ». Eux et nous, cela perd sons sens lorsque dans une même famille se retrouvent Moussa et Yvan Le Bolloch, Étienne Balibar et Cédric Clapish, dans une autre Kena Fofana et Sanseverino. Zumana, Tiouré rejoignent Claire Simon ou Marion Vernoux, Jacques Rancière ou Jean Benguigui. On remet aux parents une carte de baptême. Les parrains et marraines font connaissance, donnent leurs numéros de portable. Des mains se serrent, des promesses se scellent. Puis on continue : l’urgence et l’espoir. Dominique Widemann

 

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Publié dans PRESSE NATIONALE

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