«Pour changer la vie, il faut gouverner»
Buffet Marie-George, Direct Soir du 21 septembre 2006
Deux jours après la 71e Fête de l’Humanité, Marie-George Buffet était invitée en exclusivité sur «Direct8».
Nicolas Sarkozy a annoncé la régularisation de 6 924 personnes, soit à peu près 20 % des 30 000 dossiers, un chiffre qu’il avait anticipé. S’agit-il d’un quota déguisé? Marie-George Buffet : J’ai l’impression, parce qu’on a maints exemples de familles qui remplissent les critères, qui sont intégrés dans la vie de la cité, dont les enfants sont scolarisés, et qui se voient aujourd’hui signifier des refus. Il faut qu’on prenne en considération que ces hommes et ces femmes veulent vivre dans notre pays, veulent travailler et donc contribuer à la richesse de notre pays.
Fallait-il régulariser toutes ces personnes? Qu’est-ce qu’on va faire maintenant? Ces familles vont devenir des familles de clandestins. Elles vont travailler au noir, donc elles vont être sujettes à l’exploitation des marchands de sommeil.
Vous ne croyez pas à la reconduite à la frontière? Ce serait la honte de notre République. Ça ne se fera pas.
Vous doutez que les dossiers aient été examinés au regard des critères objectifs déterminés par Nicolas Sarkozy? Prouvez que vous n’avez plus aucun lien avec votre pays d’origine, ce n’est pas un critère objectif. Quand on est député, on peut contester la loi. En tant que députée, je conteste ces critères. J’appelle toutes les familles qui n’ont pas eu de réponse positive à user des recours, à se tourner vers la justice. Ne vous découragez pas, nous sommes à vos côtés. Et je dis solennellement au ministre d’Etat et ministre de l’Intérieur que si ça continue comme ça à Cachan, il va y avoir des drames. Ce n’est pas possible que des femmes, des enfants, des bébés, vivent dans ces conditions. Je demande un peu d’humanité.
Que pensez-vous de la proposition de Ségolène Royal : des visas aller-retour, qui permettent de venir travailler mais qui ne s’accompagnent pas forcément d’immigration familiale ? On va dire aux hommes de partir 10 mois sur 12, en laissant femmes et enfants, et de ne passer que deux mois avec eux avant de repartir. Pour elle qui porte si haut la famille, où est la famille dans cette proposition?
On parle beaucoup de réforme des régimes spéciaux de retraites, en ce moment… Chiche! Remettons les retraites sur le tapis.
En politique étrangère, êtes-vous sur la même ligne que Jacques Chirac? Je l’avais très nettement critiqué lors de son intervention le 14 juillet, car je trouvais qu’il n’avait pas une vision juste de ce qui se passait au Proche et au Moyen-Orient. Je trouve que depuis la position de la France s’est modifiée, et je l’en félicite.
Y compris au sujet de l’Iran? Je combats le président iranien et je le combattrai toujours. Mais la question n’est pas là. Le Pakistan a l’arme nucléaire, et les Etats-Unis trouvent ça très bien. Israël aussi. Et on dit à l’Iran : «vous, non». Pour se faire entendre du peuple iranien, il faut leur refuser la bombe, et impulser un grand programme de désarmement nucléaire.
Serez-vous la candidate de la gauche radicale à l’élection présidentielle ? Nous avons construit ce mouvement ces deux dernières années en évitant les egos. Mon but, c’est une gauche majoritaire, sur un contenu transformateur. Je ne veux pas rester dans l’opposition. Je veux battre la droite pour changer la vie, et pour changer la vie il faut gouverner. Une fois qu’on est d’accord là-dessus, au vu du rôle non hégémonique et sincère joué par les communistes dans ce mouvement depuis deux ans, je pense que je peux être cette candidate. PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE SOUCHIER ET VALÉRIE TRIERWEILER
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