À Paris, Cachan remplit les rues

Publié le par L Humanité

À Paris, Cachan remplit les rues

Manifestation . Immigration, sans-papiers, mal logement... Autant de sujets qui ont mobilisé plusieurs milliers de personnes, samedi, dans la capitale, autour des expulsés de Cachan.

Devant, les visages connus aimantent les caméras. Derrière, le cortège résonne des crépitements de sonos et des rythmes de djembés. Quelques familles de l’ancien squat de Cachan, réduites à cohabiter dans un gymnase de la ville depuis trois semaines, se sont dispersées dans la foule. Leurs compères de galère, grévistes de la faim, accompagnent le flot humain dans une voiture. Trop fatigués pour marcher. Autour d’eux, ce samedi, plusieurs milliers de personnes remplissent les rues parisiennes derrière une banderole exigeant « un logement, des papiers, une école, tout de suite ! » Un slogan générique qui cristallise les revendications autour d’un nom : Nicolas Sarkozy.

des artistes dans le cortège

Est-ce l’antipathie du chef de l’UMP ou la situation des ex-squatteurs de Cachan ? La manifestation, en tout cas, est un succès. Pour l’occasion, les artistes avaient fait le déplacement : Josiane Balasko, Guy Bedos, Charles Berling, Emmanuelle Béart, mais aussi l’ancien champion olympique de judo, Jamel Bouras, ou l’humoriste Dieudonné, au centre d’une altercation durant le défilé. Côté politique, se sont montrés Jack Lang (PS), Dominique Voynet (Verts), Olivier Besancenot (LCR), Arlette Laguiller (LO) et José Bové. Les élus communistes étaient dans le cortège.

Loin des « célébrités » et des caméras, trois copines se régalent de leur première manif. La première ? « Les rafles d’enfants, cet été, ça m’a marqué », explique Fatoumata. Près de trois heures que le cortège a quitté la place de la République et leur enthousiasme est à peine entamé. C’est à celle qui parlera plus fort et plus vite que l’autre. Fatoumata gagne la première manche. « J’étais dans la ville le jour de l’expulsion, poursuit-elle. Il y avait des CRS partout, comme si les gens étaient dangereux. Mais ces gens, ils veulent juste travailler ! » Les copines approuvent, prennent leur tour. « Les sans-papiers d’aujourd’hui font comme nos parents à leur époque : ils travaillent pour que leurs enfants grandissent bien ! », s’exclame Edwidge, étudiante en psychologie. Paroles de jeunes « issues de l’immigration », agacées des poncifs.

En tête du cortège, Joël Lefèbvre, secrétaire de l’union régionale de la CGT, leur fait écho. « Dans les entreprises, les immigrés sont montrés comme les responsables du chômage et de l’insécurité. Mais certains patrons emploient des sans-papiers, puis les mettent dehors, avant de les dénoncer ». Ces sans-

papiers, que vont-ils devenir ? Après la publication de la circulaire du ministère de l’Intérieur, en juin dernier, les familles se sont manifesté auprès des préfectures. « On s’attendait à plus de souplesse pour la régularisation », admet, en marge du cortège,

Nathalie Ollivier, institutrice à Pantin (Seine-Saint-Denis). « Certaines familles, à la limite des critères, ont été déboutées, alors que des célibataires ont été régularisés », témoigne l’enseignante, incrédule.

Dans les slogans, le sort réservé aux immigrés, avec ou sans papiers, prend le dessus. On en oublierait presque le mal-logement. Jean Laborde, futur travailleur social, insiste : « Aujourd’hui, le fossé augmente entre ceux qui peuvent surnager et les autres. Or, sans logement, on a du mal à trouver du travail et on plonge vers la misère sociale. » Un paquet de tracts à la main, Laurence Cohen, conseillère régionale communiste, analyse : « Au travers de Cachan, on perçoit le projet de la droite pour la France. Les travailleurs sans papiers sont exploités par des patrons qui en profitent, ce qui participe de la casse du code du travail. De même, Sarkozy et son gouvernement n’appliquent pas la loi SRU sur le logement ».

Problème : dans le défilé, la gauche ne convainc pas toujours. Les trois amies, moins en verve, ont une idée, un peu vague : « Buffet, la députée du 93, elle est bien, avance Edwidge. Il y a aussi celui qui travaille à La Poste, le jeune ».

Vincent Defait

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Publié dans PRESSE NATIONALE

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