Les 1 000 de Cachan passés au Karcher
Les 1 000 de Cachan passés au Karcher
Précarité . La préfecture du Val-de-Marne a ordonné hier l’évacuation du plus grand squat de France. Un coup de force de Nicolas Sarkozy dénoncé par de nombreuses organisations.
Il n’y aura pas eu de coup de hache, contrairement à l’expulsion musclée des sans-papiers de l’église Saint-Bernard dont on célébrera, mercredi prochain, le dixième anniversaire. Mais tout de même un bélier pour défoncer les portes, si besoin. L’évacuation du plus grand squat de France, hier matin, à Cachan (Val-de-Marne), a été menée sans incident notable mais avec un impressionnant déploiement des forces de l’ordre. Pas moins de 600 policiers sont intervenus peu avant 9 heures du matin, après avoir bouclé le quartier où s’élève la cité universitaire, propriété du Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (CROUS). Un horaire inhabituel pour ce genre d’opération qui s’explique par la volonté d’éviter la présence des nombreux soutiens, mobilisés toute la nuit et jusqu’à l’aube.
casser
la solidarité
« La force des squatters était d’être tous ensemble, explique Laurence Cohen, conseillère régionale et dirigeante départementale du Parti communiste. L’évacuation a eu lieu tardivement et au cas par cas pour tenter de casser la solidarité », - affirme-t-elle.
En effet, une fois assurés de ne pas être dérangés par les militants et les journalistes - empêchés d’assister à l’opération - les CRS ont investi les couloirs du bâtiment F et procédé à un tri, chambre après chambre, du quasi-millier de résidents - parmi eux 200 enfants - dont près de 60 % sont en situation irrégulière. Les célibataires sans papiers sont purement et simplement arrêtés avant d’être conduits en centre de rétention administrative (CRA), puis probablement expulsés dans les jours à venir. Selon la CIMADE, quelque 110 places auraient été expressément libérées dans les CRA. « Quelqu’un a vu Fidèle Nitiema, le délégué de l’immeuble, menotté », raconte Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL).
Pour les familles en situation régulière, un hébergement à durée indéterminée en hôtel a été proposé, avec, à moyen terme, un éventuel relogement dans le parc social du Val-de-Marne. Celles-ci sont manu militari installées dans des autocars et conduites vers des hôtels d’Orly et de Sucy-en-Brie
(Val-de-Marne). Mais certaines, conscientes de la fausse - solution de l’hébergement en hôtel, refusent d’embarquer. D’autres reprennent leurs affaires entassées à la hâte dans les soutes et décident de rester sur place, par solidarité.
Reste enfin le cas des familles sans papiers qui pourraient bénéficier d’une régularisation dans le cadre de la fameuse circulaire Sarkozy. Celles-ci seront également hébergées en hôtel pendant une dizaine de jours, le temps d’étudier leurs dossiers. « Il y a des familles qui répondent aux critères objectifs de la circulaire et certaines d’entre elles ont vu leur demande systématiquement rejetée au simple prétexte qu’elles habitent le squat », témoigne Pablo Krasnopolski, professeur d’histoire et géographie dans le département et membre du Réseau Éducation sans frontières. « Au vu des déclarations de Sarkozy mardi soir, poursuit-il, il n’y a aucune garantie que celles qui ont déjà un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière soient libérées afin de pouvoir effectuer un éventuel recours... »
Arrivée avec les compagnies de CRS, la Croix-Rouge a mis en place, sous des tentes, des cellules d’urgence médico-psychologiques pour assister les expulsés. Les pompiers et le SAMU sont également sur place. Toutes les organisations de soutien, revenues dès la confirmation de l’évacuation, ont organisé un rassemblement, à 17 heures, pour exiger le relogement durable de tous les occupants et la régularisation de tous ceux qui sont sans papiers.
« exiger la régularisation »
« Nous tenons à manifester notre indignation face à la - méthode employée », exprime Christian Favier, président (PCF) du conseil général du Val-de-Marne, présent sur les lieux avec de nombreux autres élus communistes du département et des villes voisines. « C’est un coup de force du ministre de l’Intérieur, qui donne ainsi des gages à son électorat le plus à droite sans se soucier de l’avenir de ces familles, ajoute-t-il. On continuera d’exiger que des mesures soient prises pour le relogement et la régularisation de tous. »
Dépêchée pour représenter Jean-Yves Le Bouillonec, député et maire socialiste de Cachan, son adjointe Hélène Hernu estime que le relogement « doit être réglé à l’échelle de la région ». « Le bâtiment - posait de graves problèmes de sécurité, précise-t-elle. Le moindre accident aurait pu avoir des conséquences dramatiques. » Pendant ce temps, sur le trottoir d’en face, les grues d’un promoteur privé construisent une nouvelle résidence de standing.
Ludovic Tomas