EXPULSION DE SANS-PAPIERS

Publié le par Section JOIGNY

 
dimanche foot, lundi contrôle d’identité !

C’est une étrange image d’elle même que la France donne.
D’un côté, comme en 1998, un peuple entier vibre au diapason de son équipe de football qui, dans le Mondial, repré­sente la France dans toute sa diversité ethnique et culturelle. Comme le souli­gnait récemment Lilian Thuram, le défenseur central des Bleus, en réponse à un Le Pen qui trouvait “ exagérée la proportion de joueurs de couleur ”, en France “ les gens fêtent les joueurs fran­çais sans se poser la question de savoir s’ils sont noirs ou pas ”. Il disait encore: “ Je ne sais pas comment répondre à Le Pen parce que je ne me sens pas noir ”. Ce sont des hommes, tout simplement.
De son côté, Marie-George Buffet notait: “ C’est étonnant de voir comment des responsables politiques cherchent à ins­trumentaliser ces victoires, s’en félicitent et dissertent, comment le président de la République, le Premier ministre s’affi­chent dans les tribunes alors qu’au même moment il y a des enfants, issus du Sénégal ou d’autres pays d’Afrique, issus du Maghreb, d’Europe de l’Est, de Chine ou d’ailleurs qui sont menacés d’expulsion, d’être arrachés à ce pays et renvoyés dans un pays qu’ils ne con­naissent pratiquement pas ”.
En effet, dans les tréfonds de la France multicolore se joue un drame autour d’enfants scolarisés sans-papiers mena­cés d’expulsion, soit, au bas mot, quel­que 4 000 familles et près de 10 000 personnes.
Depuis le 3 juillet, et jusqu’au 15 août, les préfectures vont examiner au cas par cas les demandes de régularisation des parents sans papiers d’enfants scolarisés. Le 13 juin, dans une circulaire aux pré­fets, Sarkozy avait énoncé six critères nécessaires à une régularisation, parmi lesquels la “ scolarisation effective ” depuis septembre 2005, la naissance en France ou l’arrivée des enfants avant l’âge de 13 ans, l’absence de lien entre l’enfant et le pays dont il a la nationalité ainsi que la “ réelle volonté d’intégra­tion ” des familles. Une circulaire quali­fiée d’“ humaine ” par le très sarko­zyste Arno Klarsfeld.
Dans cette France où l’enracinement des idées racistes du FN se poursuit, un réel mouvement de solidarité s’est déve­loppé. Les communistes y prennent toute leur part. À l’initiative de la Ligue des droits de l’homme, de nombreuses personnalités du monde politique, artisti­que et culturel ont signé un texte expri­mant leur “ nausée devant la multiplica­tion de ces situations où des enfants, des adolescents sont les premières victimes d’une politique devenue folle ”. “ Lors­que la loi viole des principes aussi élé­mentaires, c’est notre devoir de citoyens, notre devoir de conscience de ne pas s’y plier ”, ont ils ajouté. Des syndicats et des Églises se sont indignés de cette “ chasse à l’enfant ” et les parrainages de sans-papiers se sont multipliés.
Aucun principe, aucune loi ne peuvent conduire un pays attaché aux droits de l’homme à imaginer expulser des enfants en cours de scolarité qui n’ont pas d’autre pays que la France.
La protestation prend de l’ampleur et le journal Le Monde, par exemple, parle de “ faute morale et d’erreur politique ”. Il rappelle qu’une telle mesure, envisagée en Californie en 1994, avait été rejetée par l’opinion et la loi avait été invalidée. “ On peut espérer, ajoute ce quotidien, qu’en France le mouvement en cours permettra d’arriver au même résultat. Sans oublier qu’il ne s’agit que de la partie visible du problème et que la nou­velle loi Sarkozy sur l’immigration ris­que demain d’être une nouvelle fabri­que de sans-papiers ” .

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