LE DROIT AUX VACANCES
un droit virtuel
pour trop de familles
pour trop de familles
Ce n’est pas pêcher par nostalgie que d’évoquer, en ce 70e anniversaire de l’instauration des congés payés, les visages émerveillés des enfants découvrant la mer, la joie des familles pique-niquant devant la tente toute neuve, les groupes de jeunes cyclistes à l’assaut des vallons ensoleillés… au devant de la vie, comme disait la chanson.
Ce n’est pas s’attendrir sur les photos jaunies d’un passé qui s’éloigne, c’est au contraire mesurer ce que les conquêtes du Front populaire conservent aujourd’hui de modernité. Le droit du travailleur à n’être plus considéré comme une bête de somme ne s’imposa qu’au prix d’un long combat de plusieurs générations d’ouvriers face à un patronat défendant son privilège d’exploitation sans limite de la force de travail. Comment osent-ils réclamer qu’on les paie pendant qu’ils se reposent, s’étouffaient de rage les prédécesseurs de Parisot devant une revendication apparaissant souvent comme inaccessible aux travailleurs eux mêmes ? Un rêve en quelque sorte. Mais rêver d’un monde meilleur aide aussi à se battre.
En 1936, la mobilisation sociale, les grèves et les occupations d’usines, par leur puissance et leur unité, eurent raison de l’obstination patronale, obligeant même le gouvernement Léon Blum à aller plus loin que ne le prévoyait le programme électoral, précisément sur l’acquis le plus emblématique du Front Populaire que représenta le droit aux vacances. Un nouveau modèle social naissait, qui allait se développer une décennie plus tard dans la foulée de la Résistance et de la Libération. Ce modèle social français, avec lequel la droite sarkozyenne veut rompre aujourd’hui.
Certes, personne n’ose officiellement remettre en cause les congés payés. Cependant, la question de la réduction du temps de travail demeure l’objet de conflit. Moins de vingt ans après la Première guerre mondiale et après des années de crise économique, la France, non seulement instituait les congés payés, mais réduisait de huit heures la semaine de travail. Depuis 2003, avec les lois Fillon, le gouvernement de droite s’attache à détricoter la loi sur les 35 heures. Le dispositif Aubry, qui avait laissé trop de loisir au patronat pour accroître la flexibilité, intensifier les cadences et rogner sur les salaires, n’avait pas créé les meilleures conditions d’une pleine réussite de la réduction du temps de travail et facilité finalement le travail de sape des gouvernements Raffarin et Villepin.
Il ne convient pas à gauche de se contenter de critiquer la loi sur les 35 heures comme l’a fait Ségolène Royal, mais au contraire de s’engager à améliorer la loi pour qu’une réduction du temps de travail réellement généralisée à tous les salariés permette de créer des emplois et d’améliorer le pouvoir d’achat.
Si le Front Populaire a inventé le droit aux vacances, celui-ci reste virtuel pour un nombre croissant de familles, frappées par le chômage et la précarité, ainsi que pour des millions de travailleurs pauvres et de jeunes qui accumulent les CDD.
L’été est vécu comme une galère de plus au pied des barres des cités abandonnées par les pouvoirs publics. Des enfants ne doivent quelques jours de grand air qu’aux efforts de municipalités aux moyens insuffisants et aux militants de la solidarité comme le Secours populaire qui inscrit cette année son action dans la lignée de 1936, tant il est vrai que le droit au temps libre, moment de culture partagée, de développement personnel, de citoyenneté, ébauché par le Front populaire, demeure un enjeu de modernitén
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